
Deux cents enfants dans une salle qui résonne, des odeurs mélangées, un plateau imposé et un temps compté : la cantine cumule presque tout ce qui déborde un enfant autiste.
Je me lave, je prends mon repas, je mange, je rends mon plateau
Je me lave les mains
Tu te laves les mains ici, doucement.
Je prends mon plateau
Prends ton plateau quand tu es prêt.
J'avance dans la file
Avance calmement dans la file, pas à pas.
Je prends mon entrée
Choisis l'entrée que tu veux aujourd'hui.
Je prends mon plat
Prends ton plat à ton rythme.
Je prends mon dessert
Si tu veux, prends aussi ton dessert.
Je prends mes couverts
Prends tes couverts doucement, un à un.
Je prends mon verre
Prends ton verre d'eau quand tu veux.
Je vais m'asseoir au bout de la table
Allons à ta place calme au bout de la table.
Je mets mon casque anti-bruit
Tu peux mettre ton casque si le bruit gêne.
Je mange à mon rythme
Mange à ton rythme, prends ton temps.
Je rapporte mon plateau au chariot
On rend le plateau au chariot quand tu as fini.
Le bruit d'abord : une salle de restauration scolaire est l'un des environnements les plus sonores de la journée, avec une réverbération qui rend les voix indistinctes. Pour une hypersensibilité auditive, tenir quarante minutes là-dedans consomme toute la réserve du milieu de journée.
L'alimentation ensuite. Beaucoup d'enfants autistes ont une sélectivité alimentaire forte, liée aux textures, aux odeurs et au mélange des aliments dans l'assiette. Un plateau où tout se touche peut rendre le repas entier impossible, sans qu'il s'agisse de caprice.
Avant le premier repas, et de nouveau après chaque changement d'organisation. Voir la salle vide, avant le service, aide beaucoup les enfants que le volume sonore effraie.
Le menu affiché à la maison la veille retire une inconnue par jour, ce qui est loin d'être négligeable.
Décrivez le déroulé plutôt que la nourriture : prendre le plateau, s'asseoir, manger, débarrasser, sortir. C'est la séquence qui rassure, pas la promesse que ce sera bon.
Ne promettez jamais qu'il aimera. Dites plutôt ce qui est certain : qu'il peut ne pas finir, et qu'il rentrera.
| Plutôt que | Sur la planche |
|---|---|
| « Tu vas voir, la cantine c’est super, tu vas adorer. » | « Je prends mon plateau. Je m’assois. » |
| « Il faut finir son assiette, comme tout le monde. » | « Je goûte. Si je n’aime pas, je laisse. » |
| « Ne fais pas d’histoires devant les autres. » | « Après le repas, je vais dans la cour. » |
Un enfant qui ne mange pas à la cantine mange souvent beaucoup au retour : ce n'est pas confortable, mais ce n'est pas une urgence en soi. Ce qui mérite d'être signalé au médecin, c'est une sélectivité qui s'aggrave ou un retentissement sur le poids et l'énergie.
Côté organisation, beaucoup de choses se négocient : une table plus calme, un service décalé, l'autorisation d'un repas apporté. Il faut demander, car ces aménagements sont rarement proposés spontanément.